LA FAUCILLE OU LA CHARRUE ?
« Alors il dit à ses disciples : d’une part la moisson est grande, d’autre part, les ouvriers peu nombreux. »
(Matthieu 9.37)
En ce temps-là, Jésus vit Israël comme un troupeau en souffrance. Parcourant les villes et les villages, entrant dans les synagogues et dans les maisons, marchant au bord de la mer… partout il rencontra des cœurs languissants, des esprits abattus, des âmes harassées, prostrées, découragées. Le peuple était comme des brebis fatiguées, affamées, dispersées ; en un mot, sans berger.
Sans berger ? En cette heure où l’Héritier de la vigne était venu, n’y avait-il pas beaucoup de religion en Israël ? Les sectes étaient nombreuses. Pharisiens et Hérodiens, scribes et docteurs de la loi rivalisaient d’influence sur les ignorants, « ces maudits » ! Les fêtes étaient observées, souvent avec une grande agitation. On redoutait les faux-pas de crainte d’être exclu de la synagogue. On méprisait les Gentils et l’on fuyait les Samaritains. On préservait avec soin la pureté cérémonielle. On se glorifiait de Moïse.
Mais le regard de Jésus, le bon Berger, était oint du discernement divin. Israël était sans berger, un troupeau malade, faible, ni gardé, ni nourri. Le regard engendre des sentiments. « Jésus fut ému aux entrailles » pour les foules (Matthieu 9.36). Les sentiments génèrent l’action. « Alors il dit à ses disciples… » Ceux-ci devaient prier intensément le Seigneur de la moisson pour qu’il fasse sortir des ouvriers pour la moisson. Qu’il les pousse, qu’il les jette dehors (selon les diverses traductions) !
Le champ attendait-il des ouvriers munis de la faucille ? Était-ce le temps de la moisson, ou celui d’un indispensable labourage de printemps, lorsque la terre est défrichée, remuée, brisée, préparée à recevoir la semence ? On ne moissonne pas un champ qui n’a pas été ensemencé. Des ouvriers maniant la charrue et non la faucille devaient être envoyés par le Seigneur.
Le regard de Jésus ce jour-là, le frémissement de son esprit, son vibrant appel sont pleins d’une signification solennelle pour nous, en notre temps. Peut-on bâtir la Maison de Dieu avec des pierres qui n’ont pas même été extraites de la montagne ?
Seigneur, envoie des prophètes de feu dans notre génération ! Appelle des hommes qui proclameront ta sainteté, dénonceront le péché des nations, mettront à nu l’errance et les abominations de l’Eglise apostate, et prêcheront l’urgence de la repentance aux oreilles incirconcises des pécheurs.
Paul BALLIERE
